En 1762, une maison de négoce ouvre à Londres. Elle deviendra l'une des banques les plus prestigieuses du monde. Elle finance les guerres de l'Angleterre, les chemins de fer, et en 1803, avec la maison Hope d'Amsterdam, l'achat de la Louisiane par les jeunes États-Unis. Elle s'appelle Barings.
Deux cent trente-trois ans plus tard, en février 1995, elle est déclarée en faillite.
Un trader à Singapour
Nick Leeson arrive à Singapour en 1992 pour le compte de Barings Futures. Il a vingt-cinq ans. Il négocie des contrats à terme sur l'indice japonais Nikkei, et il fait gagner de l'argent à la banque. Beaucoup, en apparence.
Il a une particularité qui aurait dû inquiéter tout le monde : il dirige à la fois la salle de marché et le service qui enregistre et contrôle les opérations. Il est le seul à vérifier son propre travail.
Le compte 88888
Dès 1992, Leeson ouvre un compte d'erreurs, numéroté 88888 — le huit est un chiffre porte-bonheur dans la culture chinoise. Un compte d'erreurs sert normalement à isoler les petites fautes de saisie. Lui s'en sert pour y cacher ses pertes.
Le mécanisme est toujours le même. Une position perd. Plutôt que de la déclarer, il la déplace dans le compte 88888. Puis il double la mise pour se refaire. Quand ça ne suffit pas, il double encore.
Au siège, à Londres, on ne voit que les profits affichés. Et on lui envoie les fonds qu'il demande pour couvrir ses appels de marge.
Le tremblement de terre
Le 17 janvier 1995, un séisme frappe Kobe, au Japon. Le Nikkei chute. Leeson, massivement exposé à la hausse, fait ce qu'il a toujours fait : il achète davantage, persuadé que le marché va rebondir. Il ne rebondit pas.
Le 23 février, il quitte Singapour. Quelques jours plus tard, Barings découvre l'étendue des dégâts.
Vendue pour une livre
Le 26 février 1995, la Banque d'Angleterre renonce à la sauver. Barings est placée sous administration, puis rachetée par le groupe néerlandais ING pour une livre sterling. Leeson est arrêté en Allemagne, extradé et condamné à six ans et demi de prison à Singapour.
Ce que l'histoire enseigne
On retient souvent le montant. La leçon est ailleurs, et elle concerne chaque trader, quelle que soit la taille de son compte.
Ce n'est presque jamais la première perte qui tue. C'est le refus de l'accepter.
La première perte de Leeson était modeste. Ce qui l'a rendue fatale, c'est la décision de la cacher, puis de doubler pour l'effacer. Chaque doublement augmentait la taille de la prochaine perte.
Trois réflexes en découlent :
- Fixer sa perte maximale avant d'entrer, pas pendant.
- Ne jamais augmenter une position perdante pour « se refaire ». C'est exactement le schéma du compte 88888.
- Ne pas être son propre contrôleur. Un journal de trading honnête, relu à froid, joue le rôle du service qui manquait à Singapour.
Le trading sur marge comporte un risque élevé de perte en capital, que le cashback ne réduit pas. RendR n’est pas un conseiller en investissement, ne gère aucun capital pour le compte de ses utilisateurs et ne détient jamais le mot de passe de trading d’un compte. Le cashback dépend des accords conclus avec chaque broker partenaire.
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