Un prix négatif paraît absurde. Vendre quelque chose, c'est recevoir de l'argent. Pourtant, le 20 avril 2020, le principal contrat de pétrole américain a terminé la séance à moins trente-sept dollars et soixante-trois cents le baril.
Pour comprendre comment on en arrive là, il faut regarder non pas le pétrole, mais le contrat.
Un monde à l'arrêt
Printemps 2020. La pandémie immobilise la planète. Les avions restent au sol, les voitures au garage, les usines tournent au ralenti. La demande de pétrole s'effondre en quelques semaines.
La production, elle, ne s'arrête pas aussi vite. Un puits ne se ferme pas comme un robinet. Le pétrole continue de sortir de terre, et il faut bien le mettre quelque part.
Le problème n'est plus de vendre, mais de stocker
Le contrat WTI est livré physiquement à Cushing, dans l'Oklahoma, un carrefour de pipelines et de cuves de stockage. Au printemps 2020, les cuves se remplissent à une vitesse inédite. Les pétroliers servent d'entrepôts flottants. Chaque baril supplémentaire devient un problème de logistique.
Le piège de l'échéance
Un contrat à terme n'est pas un titre qu'on garde indéfiniment. Il a une échéance. Celui de mai 2020 expirait le 21 avril. Son détenteur, à la dernière minute, n'a que deux options :
- prendre livraison de mille barils par contrat, à Cushing, et trouver où les mettre ;
- revendre le contrat à quelqu'un qui, lui, a de la place.
Or la plupart des détenteurs sont des financiers. Ils n'ont ni cuve, ni camion, ni raffinerie. Le 20 avril, la veille de l'échéance, tous cherchent à sortir en même temps. Les acheteurs, eux, n'ont nulle part où stocker. Pour se débarrasser de leurs contrats, les vendeurs finissent par payer ceux qui acceptent de les reprendre.
Ce que ça ne voulait pas dire
Ce jour-là, le pétrole n'avait pas perdu toute valeur. Le Brent, livrable ailleurs et autrement, restait positif. Le contrat WTI de juin aussi. Le lendemain, le prix du contrat de mai repassait au-dessus de zéro.
Le prix négatif ne mesurait pas la valeur du pétrole. Il mesurait le coût de ne pas savoir où le mettre.
La leçon pour un trader
Beaucoup de particuliers traders ne tradent pas le pétrole, mais un produit qui le suit : un CFD, un ETF, un certificat. Le 20 avril 2020 a rappelé trois choses :
- un produit dérivé obéit aux règles de son contrat, pas à l'intuition qu'on a du sous-jacent ;
- une échéance peut créer des mouvements sans rapport avec l'offre et la demande habituelles ;
- un prix plancher « évident » — zéro — n'existe pas tant que le contrat ne l'impose pas.
Avant de trader un instrument, demandez-vous ce qui se passe le jour où il expire.
Le trading sur marge comporte un risque élevé de perte en capital, que le cashback ne réduit pas. RendR n’est pas un conseiller en investissement, ne gère aucun capital pour le compte de ses utilisateurs et ne détient jamais le mot de passe de trading d’un compte. Le cashback dépend des accords conclus avec chaque broker partenaire.
Lire l’avertissement complet sur les risques