Marché haussier, marché baissier. Bull market, bear market. Le vocabulaire de la bourse oppose depuis trois siècles un taureau et un ours. Le choix n'a rien d'arbitraire, et l'une des deux origines est bien plus documentée que l'autre.
L'ours : vendre la peau avant de l'avoir
Au début du XVIIIe siècle, à Londres, on appelle bearskin jobbers des intermédiaires qui vendent des peaux d'ours qu'ils ne possèdent pas encore. Ils comptent les racheter moins cher avant la livraison et empocher la différence.
Un proverbe anglais de l'époque s'en moque : il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Le français a gardé exactement la même expression.
Ce mécanisme porte aujourd'hui un nom : la vente à découvert. On vend un actif qu'on n'a pas, en pariant sur sa baisse. Le spéculateur à la baisse devient donc, tout naturellement, un bear.
Le taureau : l'animal qu'on lui oppose
Le bull apparaît peu après, comme contrepoint : celui qui achète en pariant sur la hausse. Pourquoi un taureau ? L'origine est moins certaine.
L'explication la plus répandue est visuelle : le taureau attaque en projetant ses cornes vers le haut, l'ours frappe de sa patte vers le bas. Deux gestes, deux directions, comme les deux sens d'une courbe. C'est une image parlante, mais elle a probablement été trouvée après coup. Il est aussi possible que l'opposition vienne simplement des combats d'animaux populaires à l'époque, où taureaux et ours s'affrontaient.
Des mots devenus des statues
Le vocabulaire a traversé les siècles et les écrans. En 1989, le sculpteur Arturo Di Modica installe sans autorisation un taureau de bronze de plus de trois tonnes près de Wall Street. La ville finit par le garder : le Charging Bull est devenu l'un des monuments les plus photographiés de New York. Devant la bourse de Francfort, un taureau et un ours se font face.
Ce que le vocabulaire dit encore
On dit aujourd'hui qu'un marché entre en territoire baissier quand il recule d'au moins 20 % depuis son dernier sommet, et qu'il redevient haussier quand il remonte d'autant depuis son creux. Ce sont des conventions, pas des lois : elles servent à nommer une tendance, pas à la prévoir.
Le graphique a changé cent fois de forme. Les animaux, eux, sont restés.
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