En octobre 1990, le Royaume-Uni rejoint le mécanisme de change européen, le système qui prépare la future monnaie unique. La livre sterling y est arrimée au mark allemand autour d'un cours pivot, avec une marge de fluctuation autorisée. Si elle s'approche du plancher, la Banque d'Angleterre doit la défendre, quoi qu'il en coûte.
Sur le papier, c'est une garantie de stabilité. En pratique, c'est une promesse que tout le marché peut tester.
Une promesse intenable
Au début des années 1990, l'économie britannique va mal. Le chômage monte, l'activité ralentit. Pour soutenir la croissance, il faudrait baisser les taux. Mais pour défendre la livre, il faut les garder élevés, parce que l'Allemagne réunifiée maintient elle-même des taux très hauts.
Le Royaume-Uni est coincé entre deux objectifs incompatibles. Plusieurs investisseurs le voient. L'un d'eux, le fonds Quantum de George Soros, conduit par son gérant Stanley Druckenmiller, construit une position vendeuse massive sur la livre, de l'ordre de dix milliards de dollars.
Le 16 septembre 1992
Le matin, la livre est attaquée de toutes parts. La Banque d'Angleterre achète sa propre monnaie en quantité, puis relève son taux directeur de 10 % à 12 %. Rien n'y fait. Dans l'après-midi, elle annonce un passage à 15 %.
Le soir, le chancelier de l'Échiquier, Norman Lamont, annonce que le Royaume-Uni suspend sa participation au mécanisme. La hausse à 15 % n'entrera jamais en vigueur. La livre décroche.
Qui a gagné, qui a perdu
Le fonds Quantum aurait gagné environ un milliard de dollars sur l'opération. George Soros y gagne un surnom : « l'homme qui a fait sauter la Banque d'Angleterre ».
Le coût pour le Trésor britannique a été estimé, dans des documents publiés plus tard, à plus de trois milliards de livres. Certains économistes parlent pourtant de « mercredi blanc » : libéré de la contrainte du change, le pays a pu baisser ses taux, et sa croissance est repartie dans les années suivantes.
La leçon pour un trader
On retient le gain spectaculaire. On oublie ce qui l'a rendu possible : le pari ne portait pas sur un graphique, mais sur une incohérence. Une banque centrale ne pouvait pas défendre indéfiniment une parité contraire à la situation de son économie.
Les grands mouvements naissent rarement d'un indicateur. Ils naissent d'une promesse que quelqu'un ne peut plus tenir.
Rappelons aussi l'essentiel : pour chaque pari réussi raconté dans les livres d'histoire, il en existe beaucoup d'autres, tout aussi convaincus, qui ont perdu. La conviction n'est pas une gestion du risque.
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